lundi 29 juin 2026

mono no aware

quête de l’absent ~
dans ces temples en ruines 
ne voir que lierre et pierres

© jean luc werpin 30/06/2026

Ceci nest pas mon anniversaire ...

Don Quichotte est mort, je le pressentais depuis bien longtemps mais aujourd’hui, je le sais ! Je le sais car j’ai, enfin, enterré ce matin, son encombrant et pourrissant cadavre. Me voici redevenu innocent, émerveillé par tout, pareil à l’enfant qui vient de naître,libre d’aimer et de partager en liberté non surveillée.

Haïbun peut-être … ou peut-être pas ! Mais qu’importe car cette première tentative, dans un genre que je n’ai jamais pratiqué, est aussi la dernière. Après dix passés à rassembler et assembler les mots les plus divers de multiples manières et parfois les plus improbables, j’ai choisi d’écrire en quelques syllabes, leur testament.

jour d’anniversaire
~ je contemple d'un œil neuf
la rue Montorgueil

haïbun © jean luc werpin 30/06/2026

… et mon commentaire en réponse à une lectrice : oui c’est peut-être une astuce … ou pas ! Regarder le tableau de Monet d’un œil neuf peut aussi signifier qu’après dix ans d’écriture, je suis arrivé à la fin de mon parcours d’auteur. Il faut relire aussi chaque mot de tout le Haïbun. Et d’ailleurs si j'avais belle plume, ai-je un jour écrit, je vous fréquenterais, méprisant plein de morgue; si j'avais belle plume, je vous distillerais mes avis et sentences; si j'avais belle plume, je vagabonderais de cercles en cénacles; si j'avais belle plume je serais, destrier plutôt que Rossinante; hélas hélas hélas, je n'ai point belle plume pour vous offrir mes mots, car l'ordinaire en moi, ne vous y trompez pas est seconde nature.

Senryü peut-être …

plage naturiste ~
une Vénus sans fourrures
ose un chapeau

senryü (bien sûr) © jean luc werpin 29/06/2026 

vendredi 26 juin 2026

Un petit senryü…

weekend en approche
~ con centré le voisin veuf
consulte Tinder
senryü (bien sûr) © jean luc werpin 26/06/2026

mercredi 24 juin 2026

Un livre utile ... HAÏKUS des CINQ SAISONS

Après avoir évoqué pour vous le Saijiki Francophone, j’ai souhaité vous parler d’un petit ouvrage signé Alain Kervern. Il s’agit d’un «mini saijiki» titré Haïkus des cinq saisons, regroupant des haïkus choisis, traduits et présentés par l’auteur. Et cerise sur le gâteau, il est merveilleusement illustré par Tanigawa Nagaïshi.
Variations japonaises sur le temps qui passe
Texte de la préface de l’ouvrage par Alain Kervern
***************************************************
Qu'est-ce qu'un haïku? C'est, en quelques mots, la saisie poétique dans l'instant d'un événement personnel, si modeste soit-il. Le haïku nous apprend souvent à ressentir ce qui est devenu invisible aux yeux de tous.
La tradition littéraire japonaise a codifié ce mode d'expression en quelques règles simples : dix-sept syllabes, une césure dans le corps du poème, de la légèreté, même si l'on traite de choses graves, et surtout une allusion saisonnière, le « mot de saison ». Celui-ci peut-être considéré comme l'essence de ce court poème. En effet, si l'émotion saisonnière se vit dans l'instant, elle s'enrichit sans cesse de réminiscences littéraires depuis plusieurs siècles.
Satô Kazuo qui fut l'un des meilleurs observateurs du développement de ce genre poétique à l'étranger, constate :
« Concernant le haiku, le point fondamental de divergence entre Japonais et étrangers demeure le concept même de mot de saison. Pour nous Japonais, l'almanach poétique, ce document qui répertorie les différents mots de saison, constitue un élément fondamental pour comprendre ce qu'est un haiku»!
Comment écrit-on des haïkus au Japon ? Le novice s'inscrira dans un club où il fera l'apprentissage de cette expression poétique sous la direction d'un maître reconnu.
Il rentrera chez lui avec des exercices à faire, muni de quelques consignes simples, notamment en ce qui concerne le fameux « mot de saison ». S'il doit ainsi composer, pour la séance suivante, trois haïkus sur le thème de la « lune d'automne » il consultera son « saïjiki », véritable almanach poétique qui constitue un référentiel précis pour connaître la portée de chaque « mot de saison ».
Ainsi, à la page concernant la « lune » dans la section
« Automne » de son almanach, notre apprenti en découvrira les 54 variantes : ses différents quartiers (jôken), ainsi que des images métaphoriques pour la décrire : « l'arc de la lune » (tsuki no yumi), « la barque de la lune » (tsuki no fune), « le sabre de la lune » (tsuki no ken)... Puis il mesurera l'importance de ce thème en poésie classique et les apports qu'au cours de l'histoire, différents poètes de renom auront ajoutés pour chanter la « lune d'automne ». Enfin, il trouvera à la fin de cette rubrique une cinquantaine de haïkus composés par des poètes célèbres. Fort de ces repères littéraires et techniques, il pourra alors s'essayer à la composition de ses trois poèmes pour les soumettre ensuite à l'appréciation de son mentor.
On peut aisément imaginer l'importance de cet almanach poétique, véritable mémoire de la sensibilité esthétique japonaise. C'est ce que définit dans un récent ouvrage Augustin Berque, un des plus fins connaisseurs de cette culture : « La sensibilité avec laquelle la culture japonaise a détaillé les variations de son propre milieu est effectivement hors du commun, comme en témoignent par exemple les milliers de termes des saijiki, ces recueils des "mots de saison" qui sont aussi nécessaires aux haikus que la structure sujet-verbe-complément l'est à une phrase en français»?
Comment est constitué cet almanach? Il est généralement composé de cinq parties : les quatre saisons et le Nouvel An.
Pourquoi une cinquième saison ? Parce que le passage d'une année à l'autre constitue en Extrême-Orient le moment le plus important du calendrier. Au-delà de son rôle technique pour la pratique des amateurs de haïkus, l'almanach poétique possède aussi une véritable fonction encyclopédique, sans compter son rôle de « veille écologique » auprès du grand public japonais.
L'objet de cet ouvrage est de faire découvrir au lecteur francophone comment l'âme des saisons se cache dans les «mots-clés » qui prennent corps dans les haïkus pour exprimer les variations infinies de l'année japonaise.
(1) Satô Kazuo « Umi wo koeru haïku » (Le haïku au-delà des mers), page 235,
Maruzen Éditions Tôkyô, 1991
(2) Augustin Berque « Fûdo, le milieu humain », page 27,
CNRS Éditions, Paris 2011
Dans les exemples de haïkus, les dates de naissance et de mort n'apparaissent pas pour les jeunes poètes contemporains.
Voir moins

mardi 23 juin 2026

Absinthe

d’un jour déclinant
recueillir l’amère liqueur
~ s’en enivrer
© jean luc werpin 24/06/2026

Un grain de folie …

il faut être fou pour écrire des haïku en français … et ça, j’en sais quelque chose
un deux trois … j’écris
quelle folie un haïku
en français … dix-sept
© jean luc werpin 23/06/2026

lundi 22 juin 2026

Sinon quasi le même en version Haïku …

carnet refermé
~ vanité des vanités
tout est vanité 

© jean luc werpin 22/06/2026

Parfois ça fait du bien de parler …

pavane des maîtres 
~ vanité des vanités
tout est vanité 

senryü (bien sûr) © jean luc werpin 22/06/2026

Pour un repos bien mérité …

Je vous laisse digérer mes dernières livraisons même si je suis sans illusions au sujet de mes audiences sur ce média.

dimanche 21 juin 2026

Postface au Saijiki Francophone du Kukaï Manmaru écrite pa Yasushi Nozu

Postface au Saijiki Francophone par Yasushi Nozu


Le haïku, né au Japon sous la dénomination de HAIKU, est composé aujourd'hui dans de nombreux pays et régions et en différentes langues. Les francophones de tous les pays du monde écrivent des HAIKU en français.

Cependant tout poème court est souvent considéré comme un HAIKU.

Originellement le haiku est une œuvre littéraire qui décrit un objet selon la technique du « Yuukiteikei », ce qui présuppose 5/7/5/ (total de 17 syllabes avec le kigo et le kire). Quand les gens écrivent des HAIKU en différentes langues, ces poèmes sont regardés comme un haiku s'ils sont courts … et j'en ressens un manque d'harmonie. Donc j'ai fondé l'association de haïku en japonais et français Manmaru il y a six ans, et j'écris moi-même des haïkus selon le Yuukiteikei en français pour éclaircir ma pensée que le Yuukiteikei peut améliorer la valeur littéraire d'une composition. Les membres francophones, au départ un peu déboussolés, présentent maintenant les haïkus de Yuukiteikei dans le kukaï mensuel. Et il y a divers francophones, français, belge, portugais, canadien et japonais.

Le kigo est le mot qui construit la base du haïku, et il en est de même pour le haïku francophone. Pour cela, nous utilisons des kigos qui prennent leur source dans le climat, la vie, l'histoire, la culture de pays francophones. Et nous avons regroupé tous les kigos en un saijiki francophone. Ce livre met en ordre les kigos et les haïkus qui ont été accumulés lors des kukaï de Manmaru depuis six ans, et ceux qui ont été publié dans mes recueils: Atmosphère et Espace-temps. Je crois qu'il s'agit du premier saijiki francophone à adopter les haïkus selon le Yuukiteikei comme exemples. Mais je ne suis pas satisfait du nombre de kigos et de haïkus cités en exemple, je voudrais continuer à

enrichir ce livre en y ajoutant de nouveaux kigos et haïkus écrits dans le futur.

Les japonais composent des haikus tout en feuilletant un saijiki, et je serai heureux si ce livre vous aide à composer des haikus en faisant de même.

Préface au Saijiki Francophone du Kukaï Manmaru

Qu'est-ce qu'un Saijiki ?
par Yasushi Nozu, fondateur du « kukaï » Manmaru

Le livre que vous avez entre les mains se dénomme en langue japonaise un «Saijiki ». Qu'est-ce qu'un Saijiki ? Il s'agit d'une sorte de dictionnaire ou de recueil de mots de saison (« kigo » en japonais) utilisés dans les haïkus, ces poèmes courts (17 syllabes !) d'origine japonaise.

Le «kigo » est au cœur de chaque haïku, on va même jusqu'à dire que le « kigo » peut suffire à écrire un haïku.

Un saijiki au Japon regroupe les « kigo » en les classant selon les 4 saisons auxquelles est ajoutée une partie dédiée au Nouvel an. Mais ce livre est le saijiki destiné aux francophones, donc les kigos sont classés selon les 4 saisons et selon le calendrier solaire. 
Et pour chaque saison, les « kigo » sont à nouveau classés en quatre catégories: 
1-moments de saison, phénomènes naturels, paysages 
2-activités humaines, fêtes 
3-plantes  
4-animaux. 
Et pour chaque kigo, le saijiki offre des exemples de haïku représentatifs de sa bonne utilisation.

Comme un dictionnaire, le Sajiki peut être consulté à tout moment, en écrivant des haikus, lors d'échanges en réunion d'amateurs de haïkus (ces réunions se nomment des « kukaï» en japonais) ou simplement en le feuilletant pour se familiariser avec les variations de chaque saison et apprécier la diversité de leur expression.

Et qu'en est-il du « kigo »? C'est un mot (une expression) qui permet de partager la perception de la spécificité d'une saison. 
Par exemple :

1- C'est relativement simple pour les moments de saison, phénomènes naturels et paysages. Par exemple, le froid est le « kigo » d'hiver et le chaud est le « kigo » d'été.

2-Pour les activités humaines, les fêtes annuelles, la saison du « kigo » dépend de la période de leur occurrence. Par exemple, la moisson, le champ de blé mûr, et les vacances sont des « kigo » d'été, Noël est un « kigo » d'hiver.
Et pour les objets personnels, la saison du « kigo » dépend de la période de leur principale utilisation. Par exemple, au Japon, le réfrigérateur et la bière sont des « kigo » d'été, le pull-over est un « kigo » d'hiver.

3-Pour les plantes, par exemple quand celles-ci sont les plus belles. Les fleurs de cerisier est le « kigo » de printemps. La vigne et le raisin sont des «kigo » d'automne. Le «kigo » peut nommer un phénomene particulier comme les bourgeons au printemps, les feuilles vertes en été, le rougissement des feuilles en automne.

4-Pour les animaux, la saison du kigo dépend de la période de leur activité ou alors des mets et plats de saison. Par exemple, le papillon et le rossignol sont des « kıgo » du printemps, l'huître est un « kigo » d'hiver.
Le « kigo » peut aussi être lié à un phénomène particulier comme les amours des chats au printemps, la mouche née au printemps, l'hirondelle partie en automne. 

Toutefois, les saisons, les activités humaines et naturelles peuvent différer selon les continents et les régions, même au sein de la francophonie. Ainsi les échanges entre amateurs de haiku, en particulier lors des réunions « kukaï » permettent de déterminer la bonne utilisation d'un kigo et d'en apprécier la diversité.

Le kukaï de Manmaru que j'ai fondé en 2018 a pour but d'aller à la découverte des « kigo » en langue française et ce saijiki est une première tentative de rassembler le travail d'équipe des francophones vivant en France, en Belgique, au Portugal, au Canada et au Japon.
Vous souhaitant une bonne lecture et de nombreuses découvertes !

Dialogue à propos d’un Haiku ; extrait du Saijiki Francophone

Écume sur l'océan est le « Kigo »波の花
L'écume du temps
Déposée sur mes cheveux
~ le galop des vagues
mon propre commentaire :
Ici le kigo n'est pas directement apparent et pourtant c'est l'automne, car les vagues et le vent sont puissants et forment une belle écume sur l'océan.
C'est aussi l'automne pour ma vie car mes cheveux sont devenus blancs comme l'écume qui couvre l'océan.
… et le commentaire de Yasushi Nozu :
"le galop des vagues" est une expression un peu forcée.
Je voudrais essayer une expression plus directe.
L'écume du temps
Déposée sur mes cheveux
L'écume sur l'océan
白髪の Hakuhatsuno
秋重ねつつ Toki kasanet sut su
波の花 Nami nohana
L'écume sur l’océan est Naminohana en japonais. Nami est la vague et Hana est la fleur.

Extrait du Saijiki francophone, l’avis de France Cliche à propos de mon haïku

Le Kigo est : « Renoncule Boutons d'or キンポウゲ » et voici l’avis bien documenté de France Cliche.
Les renoncules, ces petites fleurs délicates, que l'on remarque à peine lorsque nous marchons en nature, mais qui sont pourtant fortes dans leur fragilité, puisque dans leur état sauvage, elles savent s'imposer, étant capables d'envahir les plantes qui Ils ctoient, sans crier gare. Elles ne « renoncent » ni ne « reculent » devant aucun intrus. Leurs pétales de couleur d'or font croire, a quiconque prend le temps de les regarder, que les petites fleurs qu'ils forment apportent une sorte de rayonnement dans les sous-bois, les espaces cachés, parmi les ombres... Elles aiment vivre là où il y a de l'éclat à apporter.Elles s'ingénient parfois même à s'installer au travers des déchets, des saletés du monde. Elles sont comme de petits soleils au ras du sol qui s'enracinen fortement à la terre riche de nutriments et de vitalité, pour mieux confria la morosité des alentours, les impuretés de l'air, pour donner de la lumière la où on veut l'éteindre. Mais on peut avouer sans hesitation notre immense chagrin lorsque nous les voyons pousser parmi les détritus.
Un état de fait qui nous prend au cœur…/…
mégots et canettes
si triste les compagnes
des renoncules
…/… On les accuse d'être de mauvaises herbes. Et donc, peut-être, pense-t-on qu'elles peuvent bien tenir compagnie aux mégots et canettes sans que personne ne s'en offusque ? C'est ne pas les connaître. Ces petites fleurs d'or peuvent détourner notre regard, le temps d'un instant, sur la capacité de l'humain à détruire son environnement. Il faut voir et considérer comme elles peuvent sauver la beauté... de l'horreur d'un dépotoir. Confrontés que nous sommes, chaque jour, à la difficulté de supporter la laideur, avec ces boutons d'or, nous pouvons nous rappeler à quel point, par le fait même, nous aspirons, toujours un peu plus, à ce que la nature retrouve son harmonie.
Comme ces renoncules qui ne « renoncent » ni ne « reculent » devant rien et qui, coûte que coûte, apporteront leur éclat. Et comme elles, nous voulons que la magnificence et l'authenticité de nos terres se raniment, en même temps que celles de notre humanité. Une prise de conscience à retenir. … France Cliche

samedi 20 juin 2026

Une parmi mes participations au Saijiki de Yasushi Nozu

Publié également dans le Saijiki Francophone, je vous propose deux versions de ce "haïku". La V1 est celle publiée et la V2 est une version très récente. Merci par avance pour vos avis et/ou commentaires.

V1 (+/-2023)
chalutier au port ~
les sardines alignées
grillent sur la plage

V2 (2026)
des sardines alignées
grillent sur la plage ~
chalutier au port

© jean luc werpin

Signé Alain Kerven

Préface rédigée par Alain Kervern pour le recueil bilingue (français/japonais) écrit par le haijin Monsieur Yasushi Nozu

Qu'est-ce que la réalité ?
Peu de genres poétiques ont suscité autant de questions que le haïku, et notamment celle-ci, à laquelle de nombreux poètes et artistes ont tenté de répondre : « quelle part de la réalité le haïku peut-il appréhender et restituer ? ». Tout au long d'une histoire déjà longue dans son pays d'origine, le haïku a tenté de répondre à cette question par de nombreuses expérimentations, en particulier durant le siècle qui vient de s'écouler, et qui fut riche en innovations de toutes sortes. Et puis, le haïku japonais ayant acquis en quelques décades une stature internationale, l'aventure de ce poème court s'est élargie rapidement au monde entier.
C'est dans cette logique mondiale que se place la démarche du poète Yasushi Nozu. Ce recueil bilingue de haïkus japonais français révèle les nombreuses possibilités qu'offre une lecture en deux langues de la même réalité. De ce genre poétique elliptique concentré en quelques mots, voici qu'émerge progressi-vement, telle une grammaire double nourrie de surréalisme, un outil d'exploration de nos facultés à percevoir l'univers qui nous entoure. Ici prévalent le choc de réalités différentes, l'émotion saisonnière, l'attention portée aux infimes réalités du quotidien, aux pulsions fugitives de l'instant qui passe, l'art d'être disponible sans se laisser distraire par ce qui dans notre vie est inutile et vain. C'est à une véritable ascèse linguistique et psychologique que nous convie Yasushi Nozu.
Le poète interroge la réalité à l'aulne du monde entier, que ce soit en Europe, au Japon ou ailleurs.
Dans ce recueil, il nous transmet les rythmes de la vie, sa vie, mettant en perspective l'apparence de réalités éloignées les unes des autres. Il a le talent de savoir mettre en perspective dans chaque haiku des forces dispersées qu'il rassemble en un souffle nouveau.
La lecture de ces haïkus peut-elle nous convaincre que le langage participe de la logique du monde réel ?
Le grand philosophe chinois Tchouang-tseu (370-287 BC) avait beaucoup réfléchi à ce problème :
«Quand on perçoit, on ne parle pas ; quand on parle, on ne perçoit pas » disait-il. Si le haïku met en évidence la dépendance des mots à l'égard des logiques de situation, ce poème court s'attache aussi à révéler la réalité de façon la plus concrète possible, c'est à dire la réalité telle que nous la percevons dans l'instant, parfois même jusque dans son caractère absurde ou indicible. J'ai trouvé dans les haïkus de Yasushi Nozu, au-delà de la déconstruction d'un certain conformisme de notre perception commune, une profondeur d'investigation doublée d'un dépouillement rappelant quelquefois certains poètes comme Ozaki Hösaï.
À lecture de ces haïkus bilingues, j'ai découvert enfin que de manière efficace et précise, la technique de ce poème court met d'abord en évidence le pouvoir créateur des mots, dont il faut savoir tirer parti pour révéler de nouveaux mondes. N'est-ce pas l'essentiel en poésie ?

vendredi 19 juin 2026

hésitations d'aujourd'hui

jour d’anniversaire
~ j’arpente d’un pas léger
la rue Montorgueil

première variante :

jour d’anniversaire
~ je contemple d'un œil neuf
la rue Montorgueil

ou alors

c'est mon anniversaire
~ j’arpente d’un pas léger
la rue Montorgueil

ou alors

c'est mon anniversaire
~ je regarde d'un œil neuf
la rue Montorgueil

ou alors encore

c'est mon anniversaire
~ je regarde d’un autr'œil
la rue Montorgueil

***

étang asséché ~
tout autour des arbres morts
pour sentinelles

ou alors

étang asséché ~
quelques arbres morts
pour sentinelles


© jean luc werpin 19/06/2026

jeudi 18 juin 2026

mercredi 17 juin 2026

las ~ j'envie 
le pas sautillant 
de la pie

© jean luc werpin 17/06/2026

Les dernières pages d’un carnet …

effacées
sont les neiges d’antan
~ vent du nord

Ou alors pourquoi pas :

disparues
sont les neiges d’antan
~ auld lang syne

© jean luc werpin 17/06//2026

Préparation du Kukaï Manmaru de Juillet 2026 …destiné à évoluer

vingt et un juillet ~
pendant le discours du roi
j’ai pété

NB : le 21 juillet est la date de la fête nationale belge. À cette occasion le souverain prononce quelques mots qui sont retransmis par les radios et télévisions


premier crépuscule
~ l’éphémère fleur éclose
du coquelicot

NB : le premier crépuscule désigne l’aube


solstice d’été
~ il a neigé ce matin 
aux Kerguelen

passent les années 
bien plus rares sont les neiges
des sommets 

mardi 16 juin 2026

mes bonnes résolutions ...

Pendant dix ans, j’ai pris un immense plaisir à partager avec vous mes petits assemblages de mots. J’ai aussi connu la joie d’avoir eu l’occasion de les publier dans différents recueils chez le même éditeur.
Aujourd’hui, après avoir pris le temps de me relire très attentivement, j’ai acquis la certitude que je ne ferais plus la même démarche, le même péché d’orgueil !

Je resterai cependant fidèle lecteur de celles et ceux que j’aime.

si j'avais belle plume
je vous fréquenterais
méprisant plein de morgue

si j'avais belle plume
je vous distillerais
mes avis et sentences

si j'avais belle plume
je vagabonderais
de cercles en cénacles

si j'avais belle plume
je serais destrier
plutôt que Rossinante

hélas hélas hélas
je n'ai point belle plume
pour vous offrir mes mots

car l'ordinaire en moi
ne vous y trompez pas
est seconde nature

Extrait de Testament des Mots
mon dernier recueil publié en 2024 chez Jacques Flament Éditions.

Pour moi ...

passent les années 
bien plus rares sont les neiges
des sommets 

© jean luc werpin 16/06/2026

trois d'un coup ...

solstice d’été
~ il a neigé ce matin
aux Kerguelen
***
premier crépuscule
~ l’éphémère fleur éclose
du coquelicot
***
rose fécondée 
~ un bourdon
pour volage amant
***

© jean luc werpin 16/06//2026

mercredi 10 juin 2026

Haïku …

portés par un souffle
dix-sept pétales de mots
~ haiku papillon
© jean luc werpin 10/06/2026

Oui ! On peut parler sérieusement mais en toute sérénité de la mort, la Poésie sert aussi à cela …

dort-il
est-il mort
le vieil homme près du feu
***
point final
toujours trop bref
le dernier chapitre
***
fond d'église
quelques vieilles reniflent
~ un vieux s'en va
***
à pas usés
vers la fin du voyage
~ sa sérénité
***
colline gravie
la femme aux cheveux blancs
dépose son fardeau
***
à petits pas
à pas égaux
~ leurs derniers pas
***
moins furtive
l'ombre passe et repasse
~ déjà familière
***
clap de fin
j'éteins mes rêves un par un
~ ginkgo dénudé
***
si lourd mon pas
~ de plus en plus léger
je m'estompe
***
dans ma main
la main de l'ami
~ déjà froide
***
gourmande
une mouche me toise
~ suis-je mort
***
la mort
ces jours chômés de la vie
l'inverse aussi
***

Menues Monnaies © jean luc werpin 2020
Les amis de Jacques Flament Editions

Retour vers le passé

fragile la vie
~ dans la besace du mort
tout est éphémère
***
terminus en vue
à vive allure le train
~ j'aimerais qu'il tarde
***
au bout du chemin
ce silence fracassant
~ à peine un soupir
***
dernière côte
si proche le sommet
~ trop proche
***
partir en douce ~
sur mes chemins de traverse
la mort aussi
***
pleine lune
si vifs les ors
des ginkgos
***
le chant
d'une légère brise
brise le silence
***
frais parfum de fleur
dans la brise matinale
un peu de printemps
***
en maraude
une brise ponantaise
efface mes pas
***
le petit vent
préface un ouragan
~ jaloux peut-être
***
tes jambes nues
et plus encore
sous une brise légère
***
solitude
je tricote mon ennui
~ rue paisible
***
Menues Monnaies © jean luc werpin 2020
Jacques Flament Editions
(aujourd’hui Les Amis de Jacques Flament Editions)

dimanche 7 juin 2026

A propos du Haïku et du Tanka (article initialement proposé ici le 01/02/2025)

garenne au matin ~
posé sur son popotin
un lapin 
© jean luc werpin 03/06/2026


Maurice Coyaud, spécialiste des langues orientales, conseillait vivement aux auteurs francophones d’écrire leurs haïkus avec un nombre restreint de syllabes, fixé idéalement à douze.

Douze syllabes, soit exactement le même nombre de syllabes que l’alexandrin. Alexandrin, qu’Emmanuel Lochac, peut-être influencé par la brièveté du Haïku de Tradition, écrit sous la forme de monostiches ou si vous préférez, des poèmes d'un seul vers de douze syllabes. 


Le recueil « Monostiches » du poète Emmanuel Lochac, dont il n’existe que 350 exemplaires, ne figurait pas au catalogue de la BNF. J’aivais donc décidé de céder, sans contrepartie, à cette honorable et vénérable institution, l’exemplaire que je possédais.
Aujourd'hui, j'ai constaté avec un vif plaisir que ce recueil avait bien rejoint la réserve des livres rares du site Tolbiac de la BNF.
Cerise sur le gâteau et belle émotion, je suis désigné dans le catalogue général comme étant le donateur de cet ouvrage.

https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb48724356m 


Ceci dit, ce que j’apprécie particulièrement dans la démarche de Lochac, c’est qu’à l’image du Haïku, son monostiche se déploie sur une seule ligne. Au delà de cette réflexion, je retiens la métrique des 12 syllabes mais je n'ai aucun tabou concernant la disposition de ces douze syllabes. On peut les écrire sur une, deux ou trois lignes. Ma pratique me pousse à privilégier pour mes brimborions, une disposition 3/6/3, proche du HOG 3/5/3 ou encore la disposition du trident Roubaldien 5/3/5.

Le Trident Roubaldien, ainsi nommé d’après Jacques Roubaud, est une des formes du Haïku Oulipien Généralisé.
Sa métrique 5/3/5 pour 13 syllabes est, comme celle du haïku francophone 5/7/5 pour 17 syllabes, gouvernée par les nombres premiers. C’est pareil pour les métriques 3/5/3 pour 11 syllabes et 2/3/2 pour 7 syllabes. 

Ce qui me plait dans le Trident Roubaldien c’est la possibilité de le généraliser à son en usant non plus des nombres premiers mais en remplaçant ceux-ci par des nombres issus de la suite de Fibonacci.
Le Trident Roubaldien Généralisé ou TRG respecte donc les métriques suivantes : 5/3/5 pour 13 syllabes, 3/2/3 pour 8 syllabes et 2/1/2 pour 5 syllabes.

Par principe, je n’envisage par d’autres métriques, souhaitant conserver la concision qui sied au Haïku de tradition, j’ai donc exclu de ma pratique la métrique 8/5/8 pour 21 syllabes préférant me tourner vers le Tanka pour poursuivre mon exploration des métriques fibonacciennes.

Un Tanka Fibonaccien Généralisé (TFG) respecte les métriques suivantes : 2/3/2/3/3 pour 13 syllabes, 3/5/3/5/5 pour 21 syllabes et sans oublier l’anecdotique 1/2/1/2/2 pour 8 syllabes.





d’hier à aujourd’hui …

… et deux regards à deux ans d’intervalle nostalgie ~ je rêve aux lendemains oubliés version alexandrin voyou *** n...